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Quatre fois par an, notre publication La Chronique se penche sur un sujet d’actualité lié aux droits fondamentaux. La Chronique propose des articles courts et accessibles rédigés par des expert·es ou des acteur·rices de terrain.

Chronique 203

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Publiée le 1 juin 2023

Ces technologies qui nous veulent du bien

Lorsque l’on songe aux enjeux parmi les plus importants liés à la protection des droits humains dans notre pays aujourd’hui, mais aussi demain, l’un des sujets qui s’impose très vite est celui de la prégnance de multiples outils et processus technologiques dans nos vies.

Bien sûr, il y a toujours des personnes qui dorment dans la rue, il y a toujours des sans-papiers violemment expulsés, il y a toujours des personnes détenues dans des conditions indignes, il y a toujours des interventions policières condamnables, il y a toujours des individus discriminés pour de multiples raison, il y a toujours des mouvements de grève pénalisés, il y a toujours un mépris du vivant et de son biotope, et on en passe. Si les questions que soulèvent ces plaies de notre société reçoivent insuffisamment d’attention, il semble en être autrement des défis lancés par les « nouvelles » technologies.

A titre d’exemple, l’émergence vertigineuse de l’intelligence artificielle (IA) et des potentialités qu’elle charrie a suscité de nombreux commentaires quant à son impact, à plus ou moins court ou long terme : les conversations sociales, les articles de presse, les discussions politiques… font état des conséquences jugées tantôt positives tantôt négatives, tantôt les deux, qu’elle comporte.

Il nous a semblé, toutefois, que certains éléments de la discussion en la matière sont largement occultés. En effet, cette technologie, qui n’est pas neutre, comme toute technologie d’ailleurs, vient s’inscrire dans un cadre social et politique existant, avec une série d’effets qu’il est important de ne pas négliger.

Ainsi, le déploiement de ces outils vient ajouter une couche technologique à un tissu de mécanismes et de processus existants. Dès lors, les procédés de surveillance, déjà omniprésents dans nos villes, se voient dotés de potentialités qui alourdissent des craintes déjà exprimées, comme l’illustre le recours massif à la vidéosurveillance de l’espace public, au moyen de caméras dotées de dispositifs « intelligents » à l’efficacité toute relative (C. Dubailleul) et/ou aux possibilités inquiétantes (G. Hugo ).

De même, le recours aux algorithmes s’insère dans des pans de plus en plus larges de la société, accentuant des inégalités existantes ou en en créant de nouvelles, comme l’illustre le contrôle algorithmique de la fraude sociale (E. Degrave, C. Martens et L. Roy) ou encore le développement de « smart cities » qui laissent sur le bord de la route de nombreux·ses habitant.es de nos villes, particulièrement vulnérables. Au niveau judiciaire, également, l’outil technique promet des jours radieux aux magistrat.es, avocat.es et entreprises, leur permettant de « prédire » l’issue d’une procédure, mais en présentant le risque de renforcer une inégalité des armes déjà à l’œuvre entre différent·es acteurs et actrices judiciaires (R. Farge et E. Hardy).

Notons cependant que, si ces mutations semblent à d’aucun·es inéluctables, nous estimons qu’il n’en est rien. Par exemple, la LDH et ses partenaires ont récemment obtenu du Parlement bruxellois une audition sur la question du recours à la reconnaissance faciale dans l’espace public afin de susciter un débat politique totalement absent en la matière (A. Wavreille). C’est peu face à l’ampleur des enjeux. Mais c’est un premier pas pour atteindre un objectif fondamental : ne pas nous laisser submerger par des évolutions qui n’en ont parfois que le nom et reprendre en main notre capacité de réflexion et d’action.

Coordination et mise en page

Margaux Hallot

Comité de rédaction

Margaux Hallot, Emmanuelle Hardy, Jean-Jacques Jespers, Manuel Lambert, Pierre-Arnaud Perrouty, Edgar Szoc, Aline Wavreille

Ont participé à ce numéro

Corentin Dubailleul, Elise Degrave, Rémy Farge, Garance Hugo, Clément Martens, Laurent Roy

Illustrations

Mathilde Collobert

Dans cette Chronique

Edito

Manuel Lambert, conseiller juridique à la LDH

1- Reconnaissance faciale : souriez, vous êtes filmé·es… et identifié·es

Aline Wavreille, chargée de communication à la LDH

La Ligue des droits humains, avec sept autres associations (la Liga voor mensenrechten, le MRAX, le Collectif Mémoire coloniale et lutte contre les
discriminations, Genres pluriels, le CIRé, Tactic et Technopolice) a lancé, au printemps dernier, la campagne #Protectmyface visant à interdire l’usage de la reconnaissance faciale dans l’espace public bruxellois. Cette technologie biométrique n’est pas autorisée en Belgique mais les autorités ont pour projet de s’en équiper, les freins techniques sont contournés, plusieurs tests ont déjà été réalisés. Or, l’usage de la reconnaissance faciale dans l’espace public entravera durablement nos droits fondamentaux.

2 – Justice : prédire la place de l’IA 

Rémy Farge, formateur à la LDH et Emmanuelle de Buisseret Hardy, conseillère juridique à la LDH

Arriéré judiciaire en augmentation, lenteur des procédures, coût élevé des frais de justice et de défense, etc. Et si la solution résidait dans
l’intelligence artificielle ? Les technosolutions gagnent les politiques publiques (libérales) en matière d’écologie, mobilité, sécurité, etc. Et
elles comptent bien s’emparer de la justice comme c’est de plus en plus le cas à l’étranger. Elle est dite « prédictive » ou « prévisionnelle », cette justice qui mobiliserait des algorithmes capables de traiter une masse gigantesque de données (législation, jurisprudence et doctrine) afin d’anticiper la décision dans une affaire ou un litige. En gros, l’IA permettrait de prédire la vérité judiciaire à venir sur base des décisions passées. Mais qu’en est-il de l’avènement de la « justice prédictive » en Belgique ?

3 – Vidéosurveillance à Bruxelles : installer des caméras, mais pourquoi ? 

Corentin Debailleul, chercheur en géographie urbaine (IGEAT-ULB)

Dans les rues de Bruxelles, le réseau de caméras de surveillance s’est considérablement élargi ces dernières années. Lutte contre l’insécurité et le terrorisme ou contre les dépôts clandestins, régulation du trafic routier, zone de basses émissions, cet outil de surveillance apparaît souvent comme la solution-miracle aux problèmes qui se posent aux autorités. Dans cet article, nous allons tenter de comprendre à quoi servent ces images capturées par les caméras de surveillance, comment elles sont utilisées et remplissent leurs promesses.

4 – Les droits fondamentaux face aux algorithmes du secteur public 

Elise Degrave, professeure à la Faculté de droit de l’UNamur et directrice de recherches au Nadi/Crids et à la Chaire E-gouvernement de l’UNamur;  Clément Maertens, Maître en Droit et Laurent Roy, Maître en Éthique, tous deux étudiants du Master de spécialisation en droit de l’internet (DTIC) à l’UNamur et membres de la Commission Nouvelles technologies et Vie Privée de la LDH.

Les pouvoirs publics n’échappent pas à l’usage des technologies, notamment les algorithmes, pour faciliter certaines tâches. La gouvernance algorithmique, que l’on entend ici comme l’utilisation des algorithmes dans l’exercice du pouvoir, affecte de façon inédite les libertés citoyennes.

5 – VSA jacta est

Garance Hugo, stagiaire à la Ligue des droits humains et étudiante en journalisme à l’ULiège

En France, le projet de loi encadrant les prochains Jeux olympiques et paralympiques de 2024 a mis sur le devant de la scène la problématique de
la vidéosurveillance algorithmique (VSA). L’article 10 amorce une première légalisation de cette technologie jusqu’alors utilisée de façon éparse sur
le territoire en toute illégalité. La Quadrature du Net1 , une association qui promeut et défend les libertés fondamentales dans l’environnement
numérique, a milité pendant des semaines pour le retrait de cet article et milite encore contre l’expansion de cette technologie de surveillance de masse. Rencontre avec Noémie Levain et Alouette (pseudonyme), membres de l’association.

6 – Quizz

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