Dans un rapport d’enquête du Comité P datant de 2023, plusieurs autorités policières réitèrent le conseil de ne pas utiliser le FN 303 dans la gestion des espaces publics : « L’utilisation du FN 303, qui implique de cibler des individus pour les blesser physiquement avec d’éventuelles lésions permanentes, est difficilement compatible avec les principes de gestion de l’espace public ».

“ Bonne chance quand votre cible se déplace ”

Par ailleurs, ces armes, utilisées dans l’espace public comme lors d’une manifestation ou lors d’émeutes, manquent de précision. Lors d’une récente audition parlementaire au sein de la commission des affaires intérieures sur la gestion des émeutes de nuit du Nouvel An, le chef de la police de la zone de Bruxelles, M. Michel Goovaerts, a évoqué les risques et l’inadaptation du FN303 pour le maintien de l’ordre à grande échelle:

“ L’arme à létalité réduite est efficace jusqu’à 30 mètres. Mais dès que votre cible se déplace, je vous souhaite bonne chance, et les exemples étrangers ont montré avec le LBD que vous avez beaucoup de chances de rater et de toucher les mauvaises personnes. Je pense qu’avec l’arsenal d’armes dont nous disposons actuellement, nous avons suffisamment de ressources. Nous pouvons tirer des grenades lacrymogènes. Le FN303 que nous avons maintenant pour les équipes d’assistance spéciale, je pense que dans le contexte d’une application de la loi à grande échelle, cela n’apporte pas de valeur ajoutée ».

Le syndrôme “ du flic paresseux ” et le recul de la gestion négociée de l’espace public

Par ailleurs, présenter les armes “ à létalité réduite ” comme inoffensives entraîne le risque que les policier·ères y aient davantage recours que s’iels n’avaient qu’une arme à feu à disposition. Dans le même ordre d’idées, le “ lazy cop-syndrome ” ou “ syndrome du policier paresseux ” a été mis en évidence par le passé, notamment par le Comité P. Il s’agit d’un phénomène qui amène les policier·ères à recourir à des armes à létalité réduite parce qu’elles constituent une solution “ plus facile ” que les techniques de désescalade qui devraient être pourtant l’objectif de l’action de la police lors d’une manifestation. C’est ce que l’on appelle “ la gestion négociée de l’espace public ”, la négociation et le dialogue plutôt que la répression.

Pression supplémentaire sur le droit de manifester

Enfin, l’utilisation et le port d’armes à létalité réduite ont également un effet dissuasif sur les personnes qui cherchent à exercer pacifiquement leur droit à la liberté d’expression et d’association. Dans son rapport de 2023 sur les armes cinétiques, Amnesty International analyse les conséquences de l’utilisation de ces armes à l’étranger: