L’intervention récente de la brigade canine dans le cadre d’une opération de recherche de stupéfiants à l’école Singelijn à Schaerbeek, comme révélée par le média en ligne Bruxelles Dévie dans son article du 22 juin 2026(1), interroge profondément la place que nous souhaitons accorder à la police dans les établissements scolaires et le type de prévention choisie pour les jeunes. Elle remet également au centre de nos préoccupations la circulaire ministérielle PLP 41 du 14 mai 2026(2) tendant à renforcer considérablement le rôle de la police locale dans la gestion des questions touchant les jeunes, tant à l’école que dans leur environnement de vie.
La consommation de substances psychoactives chez les adolescent·es constitue avant tout un enjeu de santé publique, d’éducation et de prévention. Elle nécessite un travail de long terme fondé sur la confiance, l’information, la réduction des risques, l’accompagnement et le dialogue avec les jeunes. La prévention ne consiste pas à rechercher des infractions mais à créer les conditions permettant aux jeunes de développer leur pouvoir d’agir, leur esprit critique et leur capacité à faire des choix éclairés.
L’intervention policière, c’est risquer de perdre la confiance des jeunes
La présence d’une brigade canine dans une école est loin d’être anodine. Pour de nombreux jeunes, elle constitue une expérience directe de dispositifs policiers associés à la recherche d’infractions. Une telle démarche altère le climat scolaire et affaiblit les relations de confiance qui devraient prévaloir dans un cadre éducatif. Par ailleurs, les recherches internationales sur les interventions policières en milieu scolaire invitent à la prudence. Elles soulignent notamment les risques de stigmatisation, de banalisation de la surveillance, d’affaiblissement du lien de confiance avec les institutions éducatives et de confusion entre accompagnement éducatif et contrôle policier. Quelles preuves existent de l’efficacité de ce type d’opération ? Combien d’opérations similaires sont organisées chaque année dans les écoles ? Quels résultats produisent-elles réellement ? Quels sont leurs effets sur les consommations, sur le climat scolaire, sur la relation entre les jeunes et les adultes de l’école ?
L’efficacité des opérations policières en milieu scolaire remise en cause
À notre connaissance, aucune évaluation publique et indépendante ne permet aujourd’hui d’apprécier l’impact réel des opérations de recherche de stupéfiants menées en milieu scolaire sur les consommations, le climat scolaire ou les trajectoires des jeunes concerné·es. Plus largement, les données relatives aux interventions policières dans les écoles demeurent peu accessibles. Combien d’interventions de la brigade canine sont réalisées chaque année en milieu scolaire ? Comment sont évaluées les missions de prévention et de proximité de la police auprès des jeunes ? Ces questions restent largement sans réponse dans le débat public.
Cette orientation apparaît d’autant plus contestable que les acteurs associatifs, éducatifs et de prévention spécialisés disposent d’une expertise reconnue pour travailler avec les jeunes sur les questions liées aux consommations, à la santé, au bien-être et à la citoyenneté. Pourtant, ces secteurs continuent de faire face à des moyens insuffisants alors même qu’ils constituent les premiers outils d’une prévention reconnue comme efficace et durable.
Face aux questions liées aux consommations de drogues chez les jeunes, mais aussi à d’autres problématiques telles que le (cyber)-harcèlement, les violences, la radicalisation violente, le décrochage scolaire, l’absentéisme, la réponse privilégiée devient, à travers cette circulaire ministérielle PLP 41 d’ordre sécuritaire : contrôles, fouilles, dispositifs policiers, instauration d’un référent PLP 41 (interlocuteur permanent issu de la police avec les écoles) présence accrue des forces de l’ordre dans les écoles et dans l’environnement des jeunes (maisons de jeunes, clubs sportifs, AMO, conseils de jeunesse, travailleurs de rue et autres acteurs locaux).
Sommes-nous face à une policiarisation progressive de la prévention ? Lorsque les réponses éducatives, sociales et sanitaires manquent de ressources, les réponses sécuritaires tendent à occuper l’espace laissé vacant.
Nous refusons que l’école devienne un terrain d’expérimentation de politiques de contrôle
social présentées comme des actions de prévention.
Nous demandons :
• un moratoire sur les opérations de recherche de stupéfiants avec brigade canine dans
les établissements scolaires tant qu’aucune évaluation indépendante n’en a démontré l’utilité,
l’efficacité et la proportionnalité ;
• la publication de données transparentes concernant les interventions policières menées
dans les écoles ;
• une évaluation indépendante de leurs effets sur les élèves, les consommations et le climat
scolaire ;
• un refinancement ambitieux des politiques de prévention, de promotion de la santé, de
réduction des risques et d’accompagnement des jeunes.
Nous déplorons cette approche et continuons à défendre une approche fondée sur les droits
de l’enfant, l’éducation et l’accompagnement des jeunes, contrairement à ce que la
circulaire PLP 41 préconise en privilégiant une lecture sécuritaire, répressive et stigmatisante.
Infor Drogues & Addictions
Signataires :
FéDA Bxl
Fares (Fonds des affections respiratoires)
Centre Bruxellois de Promotion de la Santé (CBPS)
Prospective jeunesse
La Ligue des Droits Humains
FAPEO (Fédération des parents et des associations de parents)
La liaison Antiprohibitionniste
CGé (ChanGements pour l’égalité)