La marotte de theo Francken
C’était la marotte de Theo Francken lorsqu’il était député fédéral, ça l’est resté maintenant qu’il est ministre de la Défense : permettre à la police d’utiliser plus d’armes à létalité réduite et notamment le FN 303 lors de manifestations. Les échauffourées en marge du Nouvel an ? « Le canon à feux d’artifice est une arme lourde. Il peut blesser gravement des gens. (…) Le FN 303 devrait pouvoir être utilisé la prochaine fois ». Les débordements lors de la manifestation nationale du 14 octobre dernier ? « Le FN 303 ». L’ancien député a d’ailleurs déposé en janvier 2025 une résolution pour élargir l’usage des armes dites « à létalité réduite », comme le FN 303, à d’autres missions, comme celle d’encadrer les manifestations.
La proposition de résolution N-VA1 se fonde sur un postulat de départ fallacieux, à savoir que la violence et la criminalité augmentent, ce que réfutent les chiffres des criminologues depuis plusieurs années.2 Pour faire face aux émeutes, de plus en plus nombreuses, selon les auteur·rices de la proposition de résolution, la police doit pouvoir faire usage d’armes à létalité réduite. On parle d’armes cinétiques (les flash-ball, les LBD – Lanceurs de Balle de Défense, les FN 303…), d’armes chimiques (au poivre ou au gaz lacrymogène) ou encore d’armes acoustiques (qui produisent des sons à très haute intensité).3 Cela permettrait « de maintenir un groupe à distance », « de réduire les contacts physiques sur le terrain ». Les policier·ères seraient « alors confronté·es à moins de situations de violence physique, le nombre de civil·es gravement blessé·es diminuerait ».
La Ligue des droits humains s’oppose à ce que la police soit équipée de ces armes pour encadrer les manifestations pour au moins trois raisons :
- Ces armes peuvent entraîner des lésions importantes, voire tuer.
- Elles ne sont pas nécessaires dans le « maintien de l’ordre » – et c’est la police qui le dit elle-même.
- Enfin, leur utilisation dans les rassemblements peut dissuader les personnes de participer à une manifestation.
Comme des armes de guerre
Le FN 303 – puisque c’est cette arme que le ministre de la Défense plébiscite, notamment en raison de sa « production locale » – a, avec sa couleur orange fluo, des airs de lanceur de paintball. Un puissant lanceur de paintball : il utilise la pression de l’air pour propulser des balles métalliques. Selon la FN Herstal, « l’impact qui en résulte est extrêmement dissuasif, similaire à un coup de matraque donné à distance ».
En réalité, ces armes à létalité réduite et notamment les armes cinétiques comme les flash-balls ou les FN 303, peuvent entraîner des lésions importantes, voire tuer. L’exemple le plus illustratif est peut-être celui de la mort de Victoria Snelgrove. En 2004, cette étudiante américaine de 21 ans est décédée quelques heures après avoir été touchée à l’œil par une balle d’un FN 303 tirée par un policier, après la victoire de Boston, dans la série de championnat de baseball de la Ligue américaine.
En France aussi, depuis la « crise » des gilets jaunes, ces armes ont été très controversées, en raison du grand nombre de blessures imputées à des tirs de LBD. Amnesty International4 a recensé 2 500 blessés, entre novembre 2018 et mai 2019.
Le neurochirurgien du CHU de Besançon les compare à des armes de guerre, entraînant des lésions telles que « l’amputation de membre, la défiguration à vie, le fracas maxillo-facial ou dentaire, la dilacération oculaire ou énucléation, le fracas crânien, les hémorragies cérébrales engageant le pronostic vital et entraînant des séquelles neurologiques ».
Le Défenseur des droits français a en conséquence réclamé l’interdiction de cette arme mais n’a pas été entendu.5