Un pilier historique du modèle belge[1]
Les organisations syndicales assurent la majorité des paiements des allocations de chômage. Ce mode de fonctionnement est un héritage du mouvement ouvrier. Au début du XXe siècle, les travailleurs commencent à s’organiser et créent des caisses d’entraide pour se prémunir contre la perte de revenus dû au licenciement, à la maladie, aux accidents de travail…. L’intérêt est double pour les syndicats qui se structurent : cela augmente les affiliations, d’une part. D’autre part, fournir un revenu aux travailleurs sans emploi est un rempart contre le patronat : avoir à disposition une masse de travailleurs sans emploi et sans revenu, c’est avoir des travailleurs susceptibles d’accepter des conditions de travail à la baisse. Cela fait une double pression sur les conditions de travail : la tentation pour ceux qui n’ont pas d’emploi d’accepter « tout et n’importe quoi » et une difficulté supplémentaire pour ceux qui ont un emploi de négocier des améliorations de leurs conditions. Ces caisses manquent régulièrement de moyens pour offrir l’aide nécessaire à leurs cotisants, surtout face aux crises économiques successives et au chômage massif qui en découle.
Dans certaines villes, les pouvoirs locaux commencent à subsidier ces caisses. Ce sont les prémices de ce qu’on appellera le système de Gand : la création d’un fonds géré paritairement entre représentants syndicaux et représentants communaux. Les travailleurs reçoivent un revenu de remplacement à condition d’être syndiqués, ceux qui ne le sont pas peuvent verser leur cotisation sur un livret d’épargne géré par la commune, mais cette option rencontre moins de succès que l’affiliation aux caisses syndicales. Et pour cause : les syndicats, en se structurant, offrent de plus en plus de services à leurs membres — accompagnement social, aide juridique, voire l’accès à des loisirs à travers la construction de centres de vacances par exemple.
Il faudra attendre le Pacte social de 1944 pour entériner le rôle des syndicats comme acteurs clés de la sécurité sociale. Aujourd’hui, trois syndicats — la FGTB, la CSC, la CGSLB — ainsi qu’un organisme public, la CAPAC, sont agréés pour assurer le paiement des allocations.