Le dilemme de sécurité, une fausse impression de sécurité
Est-ce qu’on peut encore éviter une guerre ? C’est la question qui ouvre notre rencontre. Pour Ludo De Brabander, assurément oui, même si la direction actuelle n’est pas la bonne. Pour expliquer ça, il convient de regarder dans le rétroviseur, à l’époque de la Guerre froide, quand deux puissances mondiales armées jusqu’aux dents se regardaient en chien de faïence, prêtes à dégainer, tandis que le reste du monde retenait son souffle. « C’est le même mécanisme qui a lieu actuellement. C’est ce qu’on appelle un dilemme de sécurité : plus tu cherches la sécurité avec les armes, plus ça devient dangereux. Imagine que tu as une dispute avec ton voisin. Si tu commences à t’armer, que tu prends un couteau puis une arme à feu, ton voisin va avoir peur. Il va se dire qu’il doit pouvoir se défendre lui aussi donc il va commencer à avoir ses propres armes. Ça donne lieu à une course à l’armement. »
Paradoxalement, le sentiment de sécurité que devrait procurer l’idée de posséder des armes et de pouvoir se défendre laisse peu à peu place à une insécurité générale. Une situation que l’on voit à un niveau micro aux États-Unis,1 rappelle Ludo De Brabander. « La circulation des armes aux États-Unis augmente l’insécurité dans toute la société. Une fois qu’on est dans ce système, le risque d’une confrontation est plus élevé. »
Continuant sur cette lancée, il met en avant sa vision de la sécurité. « Pour moi, il y a deux types de sécurité. D’abord la sécurité humaine, la sécurité sociale. Investir dedans, c’est garantir une sécurité pour son propre peuple. Il y a d’ailleurs un lien entre investissement dans la sécurité sociale et baisse de la criminalité, c’est prouvé scientifiquement.2 Si on arrive à mettre en place une sécurité humaine au niveau mondial, cela aura un impact partout. Le nombre de conflits va diminuer. Dans les pays d’Afrique par exemple, il existe ce même lien entre pauvreté et conflits.3 On doit investir dans notre sécurité sociale mais aussi dans le développement et la coopération, mettre en place une autre politique de commerce extérieur. » Il poursuit : « Ensuite, il y a un deuxième niveau de sécurité, qu’on appelle en anglais common security. La sécurité commune, ça veut dire que je me sens en sécurité seulement si tu te sens en sécurité, donc je prends compte tes perceptions sécuritaires. C’est l’histoire du voisin que je t’ai racontée. »
Rappel intéressant de Ludo De Brabander pour clôturer la question : ce n’est pas la confrontation qui a mis fin à la Guerre froide mais au contraire la diplomatie, avec les accords d’Helsinki de 1975. C’est pourquoi, pour lui comme pour beaucoup d’organisations, la seule manière d’éviter une guerre est d’arrêter l’escalade et de redonner du poids à la voie diplomatique.