Chronique n°199 – De Kiev à Bruxelles. L’impact d’une guerre à l’Est sur les droits fondamentaux en Belgique

Voici plusieurs mois que se poursuit l’agression insensée de Vladimir Poutine contre l’Ukraine, sans perspective crédible d’un arrêt prochain des combats. Voici plusieurs mois que des millions d’Ukrainien·ne·s – plus de six, d’après le dernier décompte du HCR – ont fui leur maison pour trouver refuge dans les pays limitrophes – massivement – et dans le reste des pays européens – marginalement. Voici plusieurs mois que nos sociétés tentent de jauger les conséquences dramatiques, sur les plans alimentaires et énergétiques notamment, qu’un conflit meurtrier mais local aura sur l’ensemble de la planète.

Voici aussi plusieurs mois que, chez nous, les autorités publiques, la société civile et les citoyen·ne·s agissent de concert pour donner à des personnes traumatisées fuyant des zones de combat un accueil aussi digne et reconstructeur que possible. Voici donc plusieurs mois que nous sommes nombreux et nombreuses à constater, perplexes, la coexistence de cette bonne volonté unanime et d’une négligence coupable et illégale.

Car voici plusieurs mois également que le tribunal de première instance de Bruxelles ordonnait – sous peine d’astreintes –, à l’État belge de prendre toutes les mesures nécessaires pour conférer un accueil digne de ce nom aux personnes en demande de protection internationale. Cette décision judiciaire qui ne revient à rien d’autre qu’à demander à la Belgique le respect de ses obligations internationales fait suite à une action intentée par dix associations, dont la Ligue des droits humains, qui avaient constaté de nombreuses entorses au respect de ces obligations, non seulement en termes d’accueil, mais aussi en termes d’enregistrement des demandes. Las, ce jugement ne semble pas avoir modifié les pratiques et l’État s’enfonce chaque jour un peu plus dans le mépris des décisions judiciaires et donc de l’État de droit.

En outre, là où les citoyen·ne·s étaient suspecté·e·s, surveillé·e·s, voire criminalisé·e·s lorsque s’est organisé l’accueil de personnes en provenance d’Éthiopie, du Soudan ou du Yémen, les voici désormais invité·e·s à prendre une part active à celui de la population ukrainienne.

Le contraste est tellement flagrant qu’il serait propre à susciter cynisme et ironie amère. Loin de céder à ces confortables tentations, la Ligue entend porter haut la revendication de cette nouvelle norme d’accueil pour toute personne en demande de protection. Ce que la Belgique a fait pour accueillir les Ukrainien·ne·s, elle peut le refaire – elle doit le refaire – lorsqu’il s’agira de protéger les victimes de la prochaine vague migratoire. Dans un monde que le bouleversement climatique est amené à rendre de plus en plus instable, ce comportement doit devenir une nouvelle norme plutôt qu’une exception aux relents douteux. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », a plaisamment écrit Mark Twain. Nous signalons donc à Nicole De Moor, la nouvelle secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, que toute la société belge a pu se rendre compte que c’était possible, et qu’il s’agira donc de le refaire !

 

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Illustrations : Mathilde Collobert.