Bruxelles, le 14 janvier 2026
Cette année 2025, que la LDH analyse dans son rapport au prisme des droits humains, correspond à quelques jours près à la première année du gouvernement fédéral. En un an, cette coalition qui rassemble MR, Engagés, CD&V, N-VA et Vooruit, a mis sur les rails des mesures qui sont autant d’attaques aux droits fondamentaux, droits sociaux, droits des étrangers et à la liberté associative. La particularité de l’instant politique est que, dans le même temps, les contre-pouvoirs – justice, presse et société civile – sont également affaiblis. Or, ils sont essentiels en démocratie. La LDH appelle les autorités à les protéger et les soutenir au lieu de les dégrader.
En 2025, dès son arrivée, le gouvernement Arizona passe à l’offensive et met sur les rails des politiques qui sapent les droits sociaux, (comme la limitation des allocations de chômage dans le temps), les droits des étrangers (avec la loi accueil, ou encore la réforme qui durcit le regroupement familial), ainsi que la liberté associative (avec le projet de loi dissolution ou la déductibilité fiscale revue à la baisse). Résultat ? Un mouvement de contestation sociale sans précédent depuis 1960 et des mobilisations inédites dans plusieurs secteurs.
Relativiser les droits humains
Des politiques musclées, sous prétexte d’économies budgétaires et d’investissements nouveaux dans la Défense. Une vision des droits humains revisitée et terriblement inquiétante : “Ce gouvernement estime que nos droits fondamentaux ne peuvent jamais être utilisés pour porter atteinte aux fondements d’une société libre et ouverte”. Cette phrase est prononcée par le Premier ministre belge dans le cadre du débat sur le projet de loi “dissolution” qui vise à permettre de dissoudre une association, sur décision du gouvernement. Ce même Premier ministre, qui, avec huit autres chef·fes d’État europén·nes, signait trois mois plus tôt une lettre qui entendait s’affranchir des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme en matière migratoire.
“Ce gouvernement estime que nos droits fondamentaux ne peuvent jamais être utilisés pour porter atteinte aux fondements d’une société libre et ouverte” (Bart De Wever, Premier ministre)
Si le projet dévoilé par ce courrier devait être mis en œuvre, il s’agirait d’un nouveau coup porté à l’État de droit, piétiné par les derniers gouvernements dans la “crise” de l’accueil, toujours d’actualité. En 2025, le gouvernement Arizona n’exécute toujours pas les décisions de justice et se targue même de ne pas payer les astreintes dues.
Des contre-pouvoirs déforcés
Dans ce contexte de fragilité de l’État de droit et de politiques très brutales, les contre-pouvoirs – la justice, la presse et la société civile – trinquent eux aussi et c’est sans doute l’élément le plus marquant de cette année 2025 : ils sont tous déforcés à une vitesse sidérante par les différents gouvernements.
- Justice : 2025 a été rythmée par des mobilisations inédites du monde de la justice, à bout de souffle. Il manque 43% de magistrat·es selon une enquête du Collège des cours et tribunaux. Les représentant·es de l’ordre judiciaire et le Conseil du Contentieux des Étrangers ont dénoncé publiquement rien de moins que l’atteinte à leur indépendance.
- Presse : dans l’État des droits humains 2025, l’Association des journalistes professionnels décrit une “brutalisation de l’espace médiatique belge” en 2025. En atteste le nombre sans précédent de huit alertes déposées sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection des journalistes, du fait d’agressions, menaces ou ingérences ministérielles. La réduction du financement de la RTBF ainsi que la réforme des médias de proximité pèseront également sur la qualité de l’information. De même, la fusion entre IPM et Rossel, si elle est validée par l’Autorité belge de la Concurrence, mènera à la concentration de l’écrasante majorité de la presse écrite quotidienne francophone au sein d’un seul groupe. Cette fusion inquiète, quant au pluralisme, à l’indépendance éditoriale et au maintien des équipes de ces différents médias;
- Société civile: faire le compte des coups de boutoir que la société civile, ONG, syndicats, associations, etc. ont dû encaisser cette année donne le tournis. Retenons par exemple le projet de loi du ministre Quintin qui permettrait au gouvernement de dissoudre par arrêté royal des organisations portant atteinte “à la sécurité nationale ou à l’ordre démocratique,” ou encore les coupes prévues dans les subventions d’associations voire carrément la fin de ces subventions pour celles jugées trop proches de partis politiques.
Le rapport 2025 de la Ligue des droits humains aborde enfin l’accélération sécuritaire qui atrophie l’espace public et civique ainsi que les violences policières qui ont jalonné cette année.
Un projet politique
Ce qui frappe particulièrement lors de cette année 2025, c’est cette emprise grandissante du pouvoir exécutif sur la conduite des affaires publiques et un affaiblissement corrélatif des contre-pouvoirs. Un affaiblissement qui est à la fois trop assumé et décomplexé pour ne pas y voir un véritable projet politique de la coalition au pouvoir, et non simplement un effet d’opportunité au gré de crises successives.
Cet affaiblissement des contre-pouvoirs est à la fois trop assumé et décomplexé pour ne pas y voir un véritable projet politique de la coalition au pouvoir (Ligue des droits humains)
Protéger et soutenir les contre-pouvoirs
La Ligue des droits humains exhorte les gouvernements fédéral, régionaux et communautaires à s’abstenir d’éroder la vitalité des contre-pouvoirs et, au contraire, à les protéger et les soutenir. Ce sont eux qui garantissent l’équilibre des institutions, l’expression d’une pluralité des points de vue et la transparence des décisions.