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La prof et l'arabe Imprimer

« Je me suis battu pour le socialisme, même si mon camp a été vaincu.
J’étais pour l’indépendance de l’Algérie, mais pas comme cela s’est passé.
Je voulais vivre en France, mais pas comme un étranger. »

 

Saïd, né en Algérie, était l’un des rares enfants à avoir le privilège d’accéder à l’école française durant la colonisation. Suite à son renvoi pour « protestation », ses parents l’envoient rejoindre son frère en France afin d’y trouver du travail. Michelle, elle, voit le jour dans une banlieue ouvrière entourée d’une sœur, d’une mère au foyer et d’un père comptable qui se débrouille toujours pour finir les fins de mois.

Leurs regards se croisent pour la première fois en 1968. Dès lors ils s’aimeront et ne se quitteront plus jamais. Ensemble, ils traversent leur époque et les luttes qui les animent. Elle, professeure et féministe, lui, ouvrier et syndicaliste, ils uniront leurs forces pour agir, à leur niveau, pour défendre les droits fondamentaux des citoyens.

« Je voulais vivre en France, mais pas comme un étranger » : Cette déclaration de Saïd indique le mal-être ressenti par le personnage principal face au mépris que lui renvoie la France. Ce pays pour lequel il s’est battu, pour lequel il a travaillé et cotisé, et où il a choisi de mener des luttes pour améliorer le quotidien de ces concitoyens. Pour qu’à la fin, il continue à être considéré comme un étranger. L’exemple de Saïd met le doigt sur un problème de société ou l’intégration post-guerre d’Algérie ne fut pas mise en place par la France. Ce rejet par la République de ses « enfants d’ailleurs » a eu pour conséquence, comme ce fut le cas pour Saïd, de les détourner de la France et de les rapprocher de leurs racines culturelles et religieuses.

Cette bande dessinée écrite par Dominique Laroche fait suite à sa rencontre avec le couple Danielle (Michelle) et Aziz (Saïd). En faisant leur connaissance, elle a découvert leur histoire, rythmée par les combats qu’ils menés tout au long de leurs vies. La force avec laquelle ces deux personnages se retrouvent liés par les convictions qu’ils partagent est omniprésente et bluffante. Porteuse d’un message d’espoir, cette fascinante biographie d’un couple mixte en lutte constante pour défendre et promouvoir ses idéaux tout en pointant du doigt la persistance des discriminations dans notre société.

Yannis Ladghem, stagiaire Com

« La prof et l’Arabe » de Dominique Laroche, Casterman, mai 2017, 160 pages

 

 

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illustration: la Ligue des droits de l'Homme agit