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« Un an de travail qui part en fumée parce que je n’avais pas de quoi payer le juge », voici les premières paroles de l’album Soraïa, résonances d’humiliations et d’injustices. Car ce sont bien les humiliations et les injustices qui vont cadencer l’œuvre de Renaud De Heyn. Loin de tout romantisme ou doux exotisme, ce récit nous fait pénétrer un Maroc violent, en proie à l’esclavage moderne, à la corruption et au trafic de clandestins.
Mehdi, un jeune montagnard, part à la recherche de sa sœur Soraïa vendue par la famille à des bourgeois de la ville de Tétouan. Pendant que Soraïa est maltraitée, exploitée et abusée par ses « maîtres », Mehdi accomplit un voyage semé d’embûches.
Craignant les hommes plus que les chacals des hautes montagnes marocaines, le jeune garçon doit faire à une société où s’opposent policiers corrompus, salafistes et passeurs de clandestins. Le tout souvent rythmé par l’inquiétant son des pièces sonnantes et trébuchantes.
Renaud De Heyn nous offre ainsi deux tranches de vie au goût particulièrement amer. Par ces deux récits éprouvants et bouleversants, ce sont les droits de l’enfant de vivre dignement et d’être respecté et considéré comme une personne à part entière qui sont revendiqués. La « petite bonne » qu’incarne le personnage de Soraïa devient le symbole de ces traitements indignes dont peuvent encore aujourd’hui souffrir les enfants. Et c’est le trait de pinceau de Renaud de Heyn, d’une radicalité certaine, qui sensibilise le plus le lecteur. Parfois sanguinolent, souvent cru, le dessin oppresse et attire dans un monde intemporel où seuls les vêtements et les véhicules des personnages évoquent l’époque actuelle et rappellent que oui, encore aujourd’hui, cela existe.
Soraïa, de Renaud De Heyn, Casterman, 2012, 120 pages. |