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Observatoire des violences policières: un premier bilan qui témoigne d’un besoin d’informations et de paroles face au sentiment d’impunité Imprimer

Presque un an jour pour jour après le lancement de son Observatoire des violences policières, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) a présenté ce 12 mars, lors d’une conférence de presse des extraits de bilan quantitatif et qualitatif de la première année d’existence du site  www.obspol.be. LIRE LA SUITE

A cette occasion, elle a mis l’accent sur les raisons qui rendent nécessaire un contrôle citoyen de la police. Le fonctionnement des organes de contrôle officiels. Tout d'abord, il n'existe pas d'organe de contrôle de la police véritablement indépendant: en interne, l'inspection générale de la police est un organe composée essentiellement de policiers détachés et en externe, le Comité P est également composé en grande partie de policiers détachés. Par ailleurs, ce dernier ne semble pas pouvoir fournir de vue claire et transparente du phénomène de la violence policière. Le contenu des plaintes et la parole des victimes ne transparaissent jamais. Enfin, les instances officielles ne semblent pas informer les victimes à suffisance de leurs droits.

C’est sur la base de ce constat préoccupant que l'Observatoire des violences policières a été mis sur pied l'an dernier. Depuis lors, le site a été visité par près de 19000 personnes. Certaines d’entre elles ont déposé des témoignages en tant que victime ou témoin. Afin de s’assurer de la fiabilité des propos, les responsables du site ont mis en place une stricte méthodologie de travail qui a abouti au rejet d’un grand nombre de témoignages, tandis que d’autres étaient suspendus dans l’attente de réponses aux questions complémentaires posées par ObsPol. Ils pourront être pris en compte le cas échéant dans la prochaine édition du rapport.

Un des enseignements importants de ces témoignages est qu’ils proviennent de « Monsieur et Madame Toutlemonde » et non uniquement de « militants ». Les violences perpétrées sont physiques, psychiques ou morales. 33 % des violences physiques concernent des coups alors que la personne est à terre et menottée. 60 % des violences sont des insultes, de l'agressivité ou un manque de respect. Les trois types de violence sont parfois combinés lors d’une agression.
 
Autre élément intéressant : certains événements rapportés sur le site ont eu lieu avant 2013. Ce qui semble indiquer que tant les victimes que les témoins de violences policières gardent un besoin réel d'exprimer ce traumatisme. Ce constat est illustratif des dégâts causés aux personnes. Il confirme pour la LDH la nécessité démocratique, citoyenne mais aussi personnelle de mettre sur pied un observatoire des violences policières indépendant.

Il apparaît également que de nombreuses violences ont lieu soit à l'intérieur du commissariat où les victimes sont dans une situation particulièrement vulnérable, soit au domicile même des victimes, à l'abri des regards. Enfin, il semble que les policiers sont la plupart du temps non-identifiables par les victimes alors que ceux-ci doivent porter une plaquette nominative.

Face à la violence policière, il apparaît que 60 % des victimes ayant apporté leur témoignage ne consultent pas d'avocats. Sans doute parce qu'elles banalisent la violence mais aussi à cause coût financier qu'une telle consultation engendre. Porter plainte est un parcours d’autant plus parsemé d'embûches que les personnes semblent mal informées sur les possibilités qui s’offrent à elles pour dénoncer leur situation, et qu’elles doivent souvent faire face aux refus des interlocuteurs policiers-ères d'acter leur plainte.

Le site Obspol est consulté en moyenne 1500 fois/mois et ce sont les pages « droits » qui ont les faveurs des visiteurs. Son succès montre que son existence répond à un besoin d’information et/ou de témoignage pour la population et démontre à nouveau le manque d'informations dont disposent les personnes concernant leurs droits.

Face à la violence policière et au sentiment d'impunité qui règne parmi les victimes démunies face à leur traumatisme, cet observatoire citoyen apparaît d'autant plus nécessaire qu'aucun organe officiel ne répond à une telle demande.

Le rapport complet sera publié sur le site obspol.be le samedi 15 mars prochain, à l’occasion de la journée internationale contre les violences policières.


Les extraits du rapport 2013>2014 de l’Observatoire des violences et un dossier de presse sont disponibles à l’adresse suivante :
http://www.liguedh.be/images/PDF/Espace_press/dossier_de_presse_obspol_120314_def.pdf

Un manuel juridique et pratique « Quels droits face à la police »  rédigé par Mathieu Beys, membre de l’Observatoire des violences policières, et préfacé par Alexis Deswaef, Président de la LDH, vient d’être co-publié par Couleurs livres et J&D éditions. Il offre, via plus de 500 questions relatives aux pouvoirs de la police, des réponses claires et accessibles à ceux qui veulent défendre leurs droits  après une intervention ou une abstention policière abusive.

Plus d’informations sur cet ouvrage :
http://www.liguedh.be/images/PDF/Espace_press/dossier%20de%20presse_droits_face_a_la_police_120314.pdf

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illustration: la Ligue des droits de l'Homme agit